Art. 0007 Rév. 1753

Heracleum

Sommaire
  1. Classification
  2. Les berces géantes
  3. Chromosomes et génome
  4. Hybridation
  5. Chimie
  6. Voir aussi
  7. Références

Cet article traite du genre végétal. Pour le héros dont il tire son nom, voir Héraclès. Pour l’espèce invasive, voir Berce du Caucase.

Heracleum est un genre de plantes à fleurs de la famille des Apiacées, dont les membres sont appelés berces. Il compte entre soixante et cent vingt espèces environ, selon l’étroitesse avec laquelle on définit les espèces, et le genre lui-même.12 Les berces poussent dans tout l’hémisphère Nord tempéré et en haute montagne jusqu’en Éthiopie. Le genre est le plus riche au Caucase, avec 26 espèces, et en Chine, avec 29.1

La plupart des berces sont des plantes sans particularité des prairies et des lisières boisées, parmi elles la berce commune indigène d’Europe, H. sphondylium. Trois des plus grandes, H. mantegazzianum, H. sosnowskyi et H. persicum, ont été sorties du Caucase et du sud-ouest asiatique comme curiosités de jardin et comme fourrage, et comptent aujourd’hui parmi les plantes invasives les plus problématiques d’Europe : les berces géantes.1

Linné publia le genre en 1753.3 Son nom est généralement rattaché à Héraclès, via la « panacée d’Héraclès » des auteurs classiques, bien que la plante que ces auteurs voulaient dire soit identifiée par leurs traducteurs à Opopanax, un genre différent.4 Linné lui-même, en 1737, rangea Heracleum parmi les noms honorant des médecins, et l’expliqua comme commémorant Héraclide, le père d’Hippocrate.5

Classification

Heracleum appartient à la tribu des Tordylieae, sous-tribu des Tordyliinae,6 au sein de la sous-famille des Apioideae, la plus grande des quatre que compte la famille.7 La famille est vaste : 442 genres et 3 575 espèces selon un décompte.8 Elle fournit une bonne part de la cuisine, dont la carotte, le panais, le céleri, la coriandre, le cumin, le fenouil et le persil,9 ainsi que certaines des plantes les plus toxiques du monde tempéré, parmi elles la grande ciguë et les ciguës aquatiques.1011

Tel qu’il est traditionnellement délimité, Heracleum n’est pas un groupe naturel. Les études moléculaires l’ont trouvé polyphylétique, et il ne se tient qu’à condition d’exclure neuf espèces chinoises et d’absorber deux petits genres caucasiens, Mandenovia et Symphyoloma.6 Plusieurs anciennes espèces ont déjà été transférées vers Tetrataenium et Semenovia.2 Le genre serait apparu dans le Paléarctique occidental et se serait étendu vers l’est par trois voies ; ses nombreuses espèces chinoises pourraient être le produit d’une radiation récente dans les monts Hengduan.6

Heracleum est considéré comme un genre relativement jeune,12 et les grandes berces ont évolué si rapidement que les insectes qui s’en nourrissent n’ont pas rayonné en même temps qu’elles.13 C’est l’une des raisons pour lesquelles aucun ennemi spécifique aux berces géantes n’a été trouvé ; voir hypothèse de la libération des ennemis naturels.

Les berces géantes

Les berces géantes appartiennent à la section Pubescentia, l’une des sections dans lesquelles la botaniste I. P. Mandenova a divisé le genre en 1950. Dans les études moléculaires, elle apparaît comme un groupe naturel.14

Les trois berces géantes invasives
EspèceDécriteAire d’origineHauteurFloraison
H. mantegazzianum1895, d’AbkhazieCaucase occidental2–5 mune fois, puis meurt
H. sosnowskyi1944, de GéorgieCaucase central et oriental, Transcaucasie, nord-est de l’Anatoliejusqu’à 3 mune fois, puis meurt
H. persicum1841, de l’Azerbaïdjan iranienTurquie, Iran, Irak1–2 m, rarement 3–4 mà répétition
D’après Jahodová et al. (2007) et l’OEPP (2026). Les ouvrages anciens datent H. persicum de 1829 ; voir Berce de Perse § Le nom.

Les noms

Fig. 1 Noms des berces géantes

Les plantes sont arrivées avant leurs noms.

Les berces géantes furent nommées tardivement. H. pubescens, décrite en 1819, fut la première grande berce à recevoir un nom, et de nombreuses plantes y furent ensuite rapportées. H. persicum suivit en 1841, H. mantegazzianum seulement en 1895 et H. sosnowskyi en 1944.151 À cette époque, les berces géantes étaient cultivées dans les jardins européens depuis près d’un siècle, et chaque relevé ancien avait été fait sous le nom d’une autre espèce. Les botanistes russes du vingtième siècle, délimitant les espèces plus étroitement, ajoutèrent une seconde couche de synonymes à la première.15

En 2007, une analyse de l’ADN de 189 plantes de 72 populations démêla la confusion en trois espèces distinctes mais étroitement apparentées. Dans chacune, les plantes envahissantes étaient génétiquement proches des plantes de l’aire d’origine.1 La même analyse mit au jour une série d’erreurs d’identification. Certaines « H. sosnowskyi » européennes étaient en réalité H. mantegazzianum. Le « palmier de Tromsø » scandinave, longtemps connu sous le nom de H. laciniatum, est H. persicum. Et des plantes étiquetées berce géante dans deux parcs londoniens, Kensington Gardens et le parc de Buckingham Palace, se sont révélées plus proches de H. persicum.1

Des travaux plus récents ont rouvert la question. Les codes-barres ADN n’ont pas réussi à séparer les plantes identifiées comme H. mantegazzianum de celles identifiées comme H. sosnowskyi, et toutes les grandes berces échantillonnées dans l’oblast de Mourmansk et en République des Komis se sont révélées être probablement H. mantegazzianum. Les auteurs suggèrent que les deux espèces se sont hybridées au Jardin botanique polaire-alpin de Kirovsk, où furent cultivés les premiers essais soviétiques (voir Berce de Sosnowsky).16 Une étude de 2025 les appelle des « espèces jumelles » et relève des indices génétiques qu’elles pourraient n’en faire qu’une.2 En Grande-Bretagne, une étude des caractères du fruit a trouvé cinq sortes distinctes de berce géante naturalisée, et ses auteurs ont proposé de modifier l’annexe du Wildlife and Countryside Act qui interdit ces plantes.17

Quel que soit leur nom, toutes brûlent. Chaque berce géante naturalisée examinée en Grande-Bretagne, quelle que soit son identité, contenait des furocoumarines capables de causer une phytophotodermatose.17

Chromosomes et génome

Toutes les espèces d’Heracleum examinées à ce jour sont diploïdes, avec 22 chromosomes.1 La cytométrie en flux de la berce du Caucase tchèque a donné une teneur en ADN nucléaire de 3,56 pg (2C), soit environ 1 741 millions de paires de bases pour un seul jeu.18 Dans la même étude de la flore exotique tchèque, les plantes naturalisées avaient dans l’ensemble des génomes plus petits que leurs parentes non devenues invasives.18

Hybridation

Les berces s’hybrident volontiers, ce qui complique leur identification.15 La berce du Caucase se croise avec la berce commune indigène là où les deux poussent ensemble. Les hybrides sont intermédiaires en forme et pratiquement stériles, et les rétrocroisements sont rares. Les chromosomes des deux parents diffèrent par deux translocations et deux inversions.19 Dans les expériences, le croisement n’a réussi qu’avec la berce commune comme parent porte-graines.20

Les deux espèces sont maintenues séparées par plusieurs barrières : des pollinisateurs sélectifs, qui restent en majorité fidèles à une seule espèce (voir Ombelle § Pollinisation), une faible production de graines, et la stérilité des hybrides. La première barrière, la distance, fut levée quand on apporta la géante dans les jardins de Grande-Bretagne.19

En Russie, H. sosnowskyi fut délibérément croisée avec d’autres espèces du genre dans des programmes de sélection, et certains des hybrides pourraient depuis s’être répandus à l’état sauvage.15

Chimie

Des furocoumarines, les composés qui rendent la sève de berce brûlante au soleil, ont été rapportées chez plus de cent espèces d’Heracleum.2 Une comparaison entre l’invasive H. sosnowskyi et la plus petite, non invasive H. sibiricum a trouvé que les deux portaient les gènes de toute la voie de biosynthèse. L’envahissante accumulait davantage de xanthotoxine phototoxique et exprimait davantage de copies des gènes qui la fabriquent ; la production peut être déclenchée par la lumière ultraviolette, la chaleur et l’attaque d’herbivores.2 Voir furocoumarine.

Voir aussi

Footnotes

  1. Jahodová, Š.; Trybush, S.; Pyšek, P.; Wade, M.; Karp, A. (2007). “Invasive species of Heracleum in Europe: an insight into genetic relationships and invasion history”. Diversity and Distributions. 13 (1): 99–114. doi:10.1111/j.1366-9516.2006.00305.x. ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7

  2. Shtratnikova, V. Yu.; Bogdanov, V. P.; Schelkunov, M. I.; et al. (2025). “Furanocoumarins in two European species of Heracleum: transcriptomic and metabolomic study”. BMC Plant Biology. 25: 1091. doi:10.1186/s12870-025-07042-3. ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5

  3. International Plant Names Index. Heracleum L., Species Plantarum 1: 249 (1753). Retrieved 26 September 2026. ↩

  4. Theophrastus. Enquiry into Plants, book IX, 11.1–3. Translated by A. Hort (1916). Loeb Classical Library 79. London: Heinemann. ↩

  5. Burkhardt, L. (2018). Verzeichnis eponymischer Pflanzennamen – Erweiterte Edition. Berlin: Botanic Garden and Botanical Museum Berlin. doi:10.3372/epolist2018. ↩

  6. Yu, Y.; Downie, S. R.; He, X.; Deng, X.; Yan, L. (2011). “Phylogeny and biogeography of Chinese Heracleum (Apiaceae tribe Tordylieae) with comments on their fruit morphology”. Plant Systematics and Evolution. 296 (3–4): 179–203. doi:10.1007/s00606-011-0486-3. ↩ ↩2 ↩3

  7. Wen, J.; Xie, D.-F.; Price, M.; et al. (2021). “Backbone phylogeny and evolution of Apioideae (Apiaceae): new insights from phylogenomic analyses of plastome data”. Molecular Phylogenetics and Evolution. 161: 107183. doi:10.1016/j.ympev.2021.107183. ↩

  8. Christenhusz, M. J. M.; Byng, J. W. (2016). “The number of known plants species in the world and its annual increase”. Phytotaxa. 261 (3): 201–217. doi:10.11646/phytotaxa.261.3.1. ↩

  9. Clarkson, J. J.; Zuntini, A. R.; Maurin, O.; et al. (2021). “A higher-level nuclear phylogenomic study of the carrot family (Apiaceae)”. American Journal of Botany. 108 (7): 1252–1269. doi:10.1002/ajb2.1701. ↩

  10. Vetter, J. (2004). “Poison hemlock (Conium maculatum L.)”. Food and Chemical Toxicology. 42 (9): 1373–1382. doi:10.1016/j.fct.2004.04.009. ↩

  11. Schep, L. J.; Slaughter, R. J.; Becket, G.; Beasley, D. M. G. (2009). “Poisoning due to water hemlock”. Clinical Toxicology. 47 (4): 270–278. doi:10.1080/15563650902904332. ↩

  12. Hansen, S. O.; Hattendorf, J.; Wittenberg, R.; et al. (2006). “Phytophagous insects of giant hogweed Heracleum mantegazzianum (Apiaceae) in invaded areas of Europe and in its native area of the Caucasus”. European Journal of Entomology. 103 (2): 387–395. doi:10.14411/eje.2006.052. ↩

  13. Pyšek, P.; Cock, M. J. W.; Nentwig, W.; Ravn, H. P. (2007). “Master of all traits: can we successfully fight giant hogweed?”. In Pyšek, P.; et al. (eds.). Ecology and Management of Giant Hogweed. Wallingford: CAB International. pp. 297–312. doi:10.1079/9781845932060.0297. ↩

  14. Logacheva, M. D.; Valiejo-Roman, C. M.; Pimenov, M. G. (2008). “ITS phylogeny of West Asian Heracleum species and related taxa of Umbelliferae–Tordylieae”. Plant Systematics and Evolution. 270 (3–4): 139–157. doi:10.1007/s00606-007-0619-x. ↩

  15. EPPO (2026). “EPPO Datasheet: Heracleum mantegazzianum, Heracleum sosnowskyi and Heracleum persicum”. EPPO Bulletin. 56 (1): 108–119. doi:10.1111/epp.70049. ↩ ↩2 ↩3 ↩4

  16. Shadrin, D. M.; Dalke, I. V.; Zakhozhiy, I. G.; et al. (2024). “DNA barcode marker analysis of Heracleum sosnowskyi Manden. and Heracleum mantegazzianum Sommier & Levier (Apiaceae) from European Russia”. Russian Journal of Biological Invasions. 15 (3): 416–431. doi:10.1134/S2075111724700309. ↩

  17. Denness, A.; Armitage, J. D.; Culham, A. (2013). “A contribution towards the identification of the giant hogweed species (Heracleum, Apiaceae) naturalised in the British Isles with comments concerning their furanocoumarin content”. New Journal of Botany. 3 (3): 183–196. doi:10.1179/2042349713Y.0000000031. ↩ ↩2

  18. Kubešová, M.; Moravcová, L.; Suda, J.; Jarošík, V.; Pyšek, P. (2010). “Naturalized plants have smaller genomes than their non-invading relatives: a flow cytometric analysis of the Czech alien flora”. Preslia. 82: 81–96. ↩ ↩2

  19. Weimarck, G.; Stewart, F.; Grace, J. (1979). “Morphometric and chromatographic variation and male meiosis in the hybrid Heracleum mantegazzianum × H. sphondylium (Apiaceae) and its parents”. Hereditas. 91 (1): 117–127. doi:10.1111/j.1601-5223.1979.tb01651.x. ↩ ↩2

  20. Stewart, F.; Grace, J. (1984). “An experimental study of hybridization between Heracleum mantegazzianum Somm. & Levier and H. sphondylium L. subsp. sphondylium (Umbelliferae)”. Watsonia. 15: 73–83. ↩

Cet article est une traduction de l’article anglais, révision 1753.

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